Que faire de la prime Baroin ?

Le gouvernement est en train de mettre au point les textes de la nouvelle prime qui sera versée aux salariés des entreprises de plus de 50 salariés dont les dividendes auront augmenté en comparaison à la moyenne des deux dernières années écoulées. Le concept est curieux et complexe,malheureusement, il manque cruellement de sens économique à l’échelle de l’entreprise. Que faire ?

Aussi discutable que soit sa pertinence, cette prime existe ou va exister, elle revêt un caractère obligatoire, il convient donc de faire avec, et au mieux. Adapter la gestion de l’entreprise et de ses ressources humaines à cette nouveauté fait désormais partie des responsabilités des dirigeants d’entreprises et des représentants des salariés qui devront négocier sa mise en œuvre.

Plusieurs stratégies sont possibles:

  1. L’esquive. Les politiques de distribution de dividendes ne changeant pas fondamentalement la valeur d’une société, il suffit de maintenir le dividende au niveau des années précédentes pour ainsi ne pas avoir à payer de prime. Les actionnaires s’appliqueront ensuite à trouver d’autres astuces financières pour extraire de la valeur, le rachat d’actions en est un exemple. On peut compter sur l’ingénierie financière pour trouver le moyen de contourner le texte final aussi sophistiqué soit-il. Et pour mener le cynisme jusqu’au bout, n’oublions pas qu’en tant que mesure incitative, cette prime est avant tout une incitation à maintenir les dividendes constants. Inutile de dire qu’en termes de ressources humaines, une telle stratégie aurait des effets démotivants certains. Il est plus que recommandable d’honorer vis-à-vis de ses salariés, les promesses du gouvernement.
  2. Le dos rond ou l’application a minima de la loi. Ce sera probablement le choix de la majorité des entreprises qui, lassées des initiatives politiques difficilement compréhensibles, vont verser à leurs salariés le seul montant que la loi exigera. Le comptable se chargera de le calculer et les ressources humaines de le payer. Les salariés percevront cette prime comme un dû au titre du fameux partage de la valeur qui plait tant à ceux qui, n’ayant pas à partager, en parlent beaucoup. Pour les entreprises qui suivront cette voie, il n’y a aucun effet bénéfique à attendre. Elles constateront amèrement que l’Assemblée nationale n’est pas le meilleur endroit pour déterminer ce que les politiques de rémunération des entreprises devrait être. Un travail complémentaire, à l’échelle de l’entreprise est nécessaire.
  3. L’intégration dans une politique de rémunération cohérente. Il reste donc à saisir cette nouveauté comme une opportunité. Intégrer la « prime Baroin » dans une politique de rémunération incitative et collective qui soit plus cohérente et ambitieuse que le puzzle des contraintes règlementaires, tel est le défi auquel les partenaires sont confrontés. La caractéristique essentielle des lois sur l’intéressement et la participation est que les formules de calcul imposées ne produisent que des minimums. Toute entreprise peut choisir d’être plus généreuse que la loi ne le prévoit, et ce choix est d’autant plus rationnel que les véhicules utilisés (intéressement, participation, prime contre dividendes) sont les moyens les moins chers pour les entreprises de transférer de la richesse créée à leurs salariés. C’est en dépassant les minimums obligatoires que les primes prennent tout leur effet incitatif pour autant qu’elles soient correctement mises en œuvres et clairement expliquées à leurs bénéficiaires.

La participation des salariés aux bénéfices de l’entreprise lie déjà la rémunération variable des salariés à la création de capacité distributive de l’entreprise. Lui redonner son sens économique premier en en simplifiant la formule et y adjoindre la « prime Baroin », tel est le moyen efficace pour les entreprises de reprendre la maitrise de leurs politiques de rémunération et par là-même la maitrise des incitations à la performance qu’elles intègrent.

Alors qu’on ne peut s’attendre à la moindre création de valeur des stratégies de l’esquive et du dos rond, la ‘prime Baroin’ s’avère une incitation à repenser le système des rémunérations de l’entreprise. Evidemment chaque cas nécessite une étude particulière, tous ou presque trouvent des solutions pratiques « gagnant-gagnant ».

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