Capitalisme et hérésies

“La source de toutes les hérésies est de ne pas concevoir l’accord de deux vérités opposées” (Blaise Pascal).

Si vous vous interrogez encore sur cette crise, ses fondements, origines, ramifications, conséquences et possibles remèdes, alors vous devez probablement chercher des sources d’inspiration parmi la profusion d’ouvrages disponibles. Vous trouverez une multitude de prophètes annonçant la faillite du capitalisme et du libéralisme, et l’imminence de théories qui voient une démonstration de leur pertinence dans l’expression catastrophique des faiblesses du modèle dominant. Un tri s’impose.

Si vous pensez que le capitalisme survivra sous une forme ou une autre, alors il convient de chercher des ouvrages moins révolutionnaires et plus proches de ce que nous avons vécu et allons vivre. En voici quatre :

– “Le monde d’après – Les conséquences d’une crise sans précédent” – Matthieu Pigasse et Gilles Finchelstein : enfin un ouvrage documenté, rigoureux et somme toutes compréhensible. Les solutions ne sont pas toutes à retenir mais le discours progresse sur des bases saines.

– “L’Argent sans maître” – Charles-Henri Filippi : s’il fallait n’en lire qu’un, c’est bien celui-ci. La démarche est tout à fait complémentaire de celle de Matthieu Pigasse : vous ne trouverez que très peu de chiffres et pratiquement rien sur la technique financière et ses débordements. En revanche, vous trouverez en cent pages une analyse philosophique, politique, économique et même poétique de cette crise, bref une vison sensible et sensée, brillante et plaisante.

Le capitalisme libéral a encore de beaux jours devant lui, le quotidien nous fait cependant sentir la nécessité de progresser dans l’organisation des entreprises et notamment des plus petites, celles qui sont à la source de l’énergie économique. Le succès de l’auto-entreprise en France en est un exemple, le gouvernement semble chercher l’étape suivante pour permettre à ces micro-structures de croître ou de s’associer. Pour étayer nos réflexions, William Davies envisage rien moins que réinventer l’entreprise, et pour ce faire nous livre une analyses des organisations alternatives qui existent en Angleterre.

– “Reinventing the firm” – William Davies (“We have a once in a lifetime chance to renew our idea of what a company is for..”). Dans ce pays du libéralisme, une tradition coopérative survit plus qu’honorablement. Il s’y développe quelques entreprises dans lesquels les dirigeants et salariés prennent une part tout-à-fait substantielle au capital. Enfin, certains entrepreneurs, au moment de passer le relai, ont réussi le pari, de vendre progressivement leur entreprise à leurs salariés. Les quelques études de cas sont d’excellents exemples d’alternatives à la détention des entreprises par des fonds d’investissement court-termistes. Ceci n’arrive pas qu’en Angleterre, cependant la relative souplesse des structures légales permet aux entreprises d’adopter des formes hybrides ou de conjuguer librement entre elles les diverses formes de la grammaire entrepreneuriale. Qu’on ne s’y méprenne pas, ce n’est pas le capitalisme qui est remis en cause mais la stratégie financière qui impose à l’entreprise de maximiser sa valeur actionnariale au bénéfice d’actionnaires mal choisis, et parfois au détriment d’autres stakeholders : fondateurs, dirigeants, salariés… Cet ouvrage est disponible gratuitement sur le site du think tank Demos.

Par opposition, “Mutualisme financier, société de personnes et postmodernité” de Marc Pouzet et Michel Maffesoli (version abrégée 123 pages) est beaucoup moins convaincant. Il serait déplacé de critiqué le succès du Crédit Agricole, loin de là notre propos, l’ouvrage en revanche souffre de ne se baser que sur ce seul exemple.

Pour ceux qui sont perdus voire choqués par les avalanches de milliards qui défilent dans sur les premières pages, plus souvent en négatif qu’en positif, voici un ouvrage qui semble rappeler que tout n’est pas mauvais dans le brassage de telles sommes. Toutes les sociétés semblent avoir connus leurs riches philanthropes, voici une belle mise en perspective du regain d’intérêt pour l’altruisme.

– “Philanthrocapitalism” – Matthew Bishop & Michael Green (“How giving can save the World”) : on ne saurait ignorer que c’est le monde de la philanthropie qui aujourd’hui s’attaque à certains grands problèmes supra-nationaux comme la lutte contre le sida ou la malaria. Bien que non lucratif, ce pan entier de l’économie n’en est pas moins professionnel. Attention, que Bill Gates consacre via sa fondation quelques milliards par an à des causes nobles ne justifie pas le choix d’un produit MicroSoft, ni ne positionne MicroSoft au-dessus des lois anti-trust. Le professionnalisme s’impose à tous les étages.

Bonne lecture.

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