Le ciel lui serait-il tombé sur la tête ?

A lire le nouveau JMM, vous vous demanderez parfois, si le ciel ne lui est pas effectivement tombé sur la tête.

« Le jour où le ciel nous est tombé sur la tête » de Jean-Marie Messier est un divertissement économique le plus souvent agréable (style, anecdotes, hauteur de vue…) parfois un peu long, rarement décevant. Le livre est à l’image du personnage, brillant, riche, souriant, provocateur, humain et, on peut le dire, agaçant parfois. Merci à JMM, sa réflexion sur la crise et les conditions de sa sortie aura permis de conforter une idée déjà évoquée sur ce blog.

Un passage ‘amusant’ est celui du jugement de Salomon avec les méchantes agences de notations et les bons auditeurs externes. Il semblerait que la responsabilité de ces derniers soit engagée lorsqu’ils certifient des comptes! JMM n’a pas dû lire les 10 pages de disclaimer (réserves de responsabilité) que ses derniers auditeurs lui ont collé avant de signer ses comptes. Les auditeurs sont très certainement aussi coupables que les autres et leur infernale machine de guerre que sont les IFRS est un simple non-sens économique. Qu’un JMM qui encense le métier d’entrepreneur, défende la caste des ‘big four’ pour laquelle le courage est à classer au rang des résidus de sauvagerie d’un autre siècle, d’un siècle ante-IFRS, tout simplement, m’amuse.

Il est dommage que notre auteur soit obligé de reconnaître une certaine ignorance du mode de fonctionnement des produits dérivés; de ce fait l’analyse reste incomplète et les conclusions hâtives. Quant aux recommandations relatives aux marchés financiers, elles seraient pour certaines impraticables voire contreproductives; à titre de comparaison, personne n’a osé proposer un retour au seul téléphone fixe lors de l’éclatement de la bulle internet.

Oublions l’agacement produit par la trop longue critique des banquiers et de ce que l’auteur nomme la finance virtuelle et tâchons de produire, au nom de la sympathie que le personnage inspire, une critique constructive.

L’analyse de la crise et des mécanismes financiers est plaisante; les satisfecit attribués à Gordon Brown et Nicolas Sarkozy sont bien argumentés et d’une élégante sincérité. La caractérisation des rôles de la Chine et des USA met remarquablement en perspectives les acteurs et les enjeux.

La comparaison entre les crises offre une perspective intéressante. Notamment lorsque JMM nous dit que de chaque bulle spéculative, est sorti un actif tangible disponible qui a permis aux plus vaillants de repartir du bon pied : les chemins de fers américains à l’issue d’une bulle du début du XXème siècle, des infrastructures à l’issue de la crise de 29, et le réseau internet à l’issue de l’ éclatement de la bulle en 2001/2002. Pour ce qui est de la crise que nous traversons, selon JMM, les produits qui l’ont engendrée étant virtuels, rien ne restera. Devant cette angoisse apocalyptique, JMM ne voit de salut que par l’entrepreneur, le vrai.

Sur la base de ces observations, l’audace intellectuelle, le courage et le goût d’entreprendre ne devraient-ils pas mener notre maître à une conclusion plus optimiste et plus valorisante pour la France ? Pour celà, revenons aux fondements de l’économie, à Adam Smith, et son ouvrage intitulé ‘des causes et des conséquences de la richesse des nations’ où est développée la théorie de l’avantage comparatif.

 

La crise que nous traversons est, à l’origine, une crise du crédit, une crise financière. La France est relativement moins touchée que les autres pays pourquoi ?

La France bénéficie d’une industrie bancaire très particulière. Tout d’abord, les métiers traditionnels sont exercés par des entreprises solides bénéficiant d’une réglementation et de pratiques de place prudentes, gérés par des banquiers expérimentés et responsables. Ensuite ces mêmes banquiers ont su intégrer les nouvelles technologies des produits dérivés à leurs pratiques bancaires plus classiques. Il est indéniable que les succès de la Société Générale et de BNP Paribas (et de quelques autres…) sur les marchés ne doivent rien au hasard : l’intégration de ces nouveaux métiers en cohérence avec la pratique du métier de la banque (qui va bien au-delà de la position de transformation décrite par JMM) a permis à ces institutions de choisir leurs risques avec un meilleur discernement que leurs concurrents d’autres pays. Au passage, notons que cette notion d’intégration des techniques financières n’est pas très différente de la fameuse convergence des technologies de l’information que JMM prévoyait dès les années 2000/2001. A cela j’ajouterais que l’école de finance française a produit de nombreux cadres d’institutions financières étrangères. Alors que la France délocalisait son industrie, nos élites, les patrons potentiels, faute de matière à diriger, se sont investis dans la finance. Bref, la France dispose d’un savoir faire et d’un réel avantage comparatif en matière de finance tant classique que moderne. Et la résistance relative de son système bancaire en est l’illustration.

Lorsque la crise du crédit devient une crise économique, la France est fortement touchée. Pourquoi ? Baisse de la demande, réduction d’effectifs, incertitude sur la consommation. A part la finance dans quels secteurs la France se distingue-t-elle? Le luxe et la distribution, c’est un peu virtuel mais on y excelle. Les infrastructures : les nôtres fonctionnent et il devient difficile d’en vendre la construction à d’autres. L’aviation : dans un contexte de dollar faible, notre industrie souffre. Il nous reste l’agroalimentaire au sens large, industrie bien réelle qui résiste d’ailleurs assez bien. En bref notre tissu économique est probablement plus sensible à la crise économique actuelle que la moyenne des pays concurrents.

Revenons en à JMM ; que nous restera-t-il après cette crise?
– Un secteur financier dont les survivants maîtriseront les techniques traditionnelles et modernes.
– Des outils financiers variés, essentiels au bon financement de l’économie ; outils qui vont du prêt bancaire aux actions en passant par toutes les formes de levier, de dérivation et de titrisation. Tous ces produits sont basés sur des principes très semblables et trancher entre les bons et les mauvais n’est pas pertinent.

Si la France était déjà relativement sur-représentée en la matière, elle le sera encore davantage à l’issue de la crise. Il nous faut accompagner ce mouvement et en tirer le meilleur. Merci Adam Smith.

Alors oui, il faut que le politique redonne de l’éthique à la finance, et les régulations françaises et européennes sont déjà relativement performantes en la matière. Oui, certains abus doivent être corrigés mais à la marge, non à la chasse aux traders cupides (c’est l’affaire des vrais entrepreneurs banquiers de recomposer leurs équipes). Cette crise opérera naturellement une sélection des bons et des mauvais banquiers, et des bonnes et mauvaises banques; le gros du travail est déjà fait.

Oui, nos banques méritent l’effort collectif consenti, elles constituent notre avantage comparatif national. Notons au passage que la décision de non-ingérence de Nicolas Sarkozy qui n’impose pas aux banques d’accueillir dans leurs conseils des administrateurs représentants de l’Etat, est une sage décision.

Le courage politique aujourd’hui n’est pas de dire que notre industrie nous sauvera par je ne sais quel miracle ; l’audace politique c’est de dire que notre système bancaire et financier nous aidera à sortir plus vite de cette crise et qu’il permettra probablement à nos entrepreneurs dans un second temps de reconstruire un tissu industriel fragilisé dès avant la crise.

Alors bien que nos conclusions soient assez différentes, je crois que JMM et moi-même nous rejoignons sur la nécessité de relancer l’industrie par la valorisation du métier d’entrepreneur, et de rétablir une éthique des affaires qu’elles soient industrielles ou financières.

Bonne lecture.

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