La crise, et après ?.. une opportunité pour la France

Si ce n’est déjà fait, je vous invite vivement à lire l’essai de Jacques Attali intitulé : « La crise, et après? ». Il y a une sorte de magie dans ce livre de 200 petites pages sur la crise. En effet, c’est tellement bien écrit, si sérieusement documenté et si élégamment replongé dans une perspective historique qu’on en ressort plus ‘intelligent’.

J’ai rarement aussi peu partagé les a priori et conclusions d’un essai ; pourtant cette lecture m’a forcé à affiner mon analyse et remettre en perspective certains automatismes considérés indiscutables. N’est-ce pas le propre d’un bon livre?

La conclusion de ce petit ouvrage est une ravissante envolée où l’auteur lance à propos de la crise et du chaos : « Il serait temps de faire de sa menace une chance. » Je vous laisse découvrir le reste.

L’erreur majeure de Jacques Attali consiste à souhaiter que le métier de banquier redevienne « modeste et ennuyeux ». Il est difficilement acceptable de parcourir un ouvrage qui considère négligeable la valeur ajoutée de la transformation financière. Les agents économiques qui ont payé, paient et paieront les commissions des banquiers en reçoivent un service, certes pas à la hauteur du coût (au moins ces derniers temps) mais non négligeable. Pour avoir pratiqué ce métier quelques années, je crois pouvoir dire qu’il existe peu d’opportunités d’exercer le métier d’ingénieur (homme de l’art capable de mettre en pratique une connaissance théorique à des fins industrielles) aussi passionnantes.

Je rejoins l’auteur lorsqu’il invite à rechercher des solutions et non des boucs émissaires, ce thème est l’objet d’un précédent billet sur ce blog

On se réjouit d’apprendre au cours de cette délicieuse lecture
(i) que toutes les crises ont été autant d’occasions de redistribuer les cartes entre les places financières,
(ii) que ceux qui ont su se remettre prestement en ordre de marche et ont su innover s’en sont sortis grandis;
(iii) que « la transgression » peut être « à l’origine de la maîtrise »; enfin
(iv) que les hommes politiques ont une responsabilité dans le maintien d’un état de droit voire d’une finance de droit.

On regrettera cependant
(i) que les risques asymétriques qui confèrent des options gratuites aux fameux « initiés » et actionnaires ne soient pas mieux traités ;
(ii) que l’auteur sanctionne M. Greenspan sans concéder que ce dernier a non seulement mis en garde contre les risques liés au surendettement américain mais aussi augmenté ses taux directeurs de 25 points de bases, tous les trimestres pendant plus de deux ans – rarement discours et actions ont été aussi cohérents ;
(iii) qu’il ne fasse pas la distinction entre les produits financiers dont les marchés sont parfois efficients (ou disons utiles) et ceux dont les marchés sont des jeux de Mistigri;
(iv) qu’il ne soit jamais dit que les responsables politiques, dans leur gestion des dettes des pays qu’ils gouvernent, ne semblent pas beaucoup plus concernés par les bombes qu’ils amorcent que ne l’ont été certains banquiers prêteurs ou traders;
(v) qu’il soit naïvement fait état d’une information dont l’abondant partage permettra à chacun d’identifier les bons et mauvais coups financiers à faire, sans égard pour le discernement de l’utilisateur; et enfin
(vi) qu’il ne soit pas fait cas de la spécificité de l’école de finance française par comparaison à celles des anglo-saxons.

 

Ingénieur financier et consultant dans ces domaines, j’ose espérer que nos hommes politiques sauront montrer que la marque ‘France’ existe dans le monde de la finance. Notre nation a de véritables raisons d’être fière de ses banquiers d’affaires, de ses autorités de contrôle, de ses banques de réseaux et si la crise financière a relativement épargné la France, ceci ne doit rien au hasard. Qu’ensuite la France soit touchée, autant que les autres et parfois davantage, par la crise économique mondiale qui découle de la crise financière est un fait incontestable ; il devrait inciter les politiques à jouer la carte de l’avantage comparatif financier.

Le capitalisme se redessinera-t-il sur des bases françaises? C’est possible, si la chasse aux sorcières fait place à la poursuites des vraies solutions ingénieuses, terme qui plairait à Jacques Attali. Chez Esteban, nous avons quelques idées à ce sujet ; bien que modestes, nous ne nous ennuyons pas.

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