L’observation du vivant

Et si la solution aux problèmes que rencontrent nos économies existait déjà sous une forme plus ou moins disponible ?!… Alors, seule une analyse détaillée des causes et conséquences de la crise, accompagnée d’une revue des outils disponibles nous permettra d’apporter des réponses certes partielles mais viables.

J’ai eu la chance d’étudier dans deux domaines scientifiques passionnants, la biologie et l’économie. Ce n’est que longtemps après avoir terminé mes études que j’ai trouvé un point commun essentiel entre ces deux sciences, elles observent des processus vivants, les analysent et tentent de les diriger afin d’en obtenir le meilleur selon des critères très variables.

Si on maintient la comparaison entre l’Ecologie et l’Economie on prend un recul parfois original et certains bons vieux principes perdent un peu de leur autorité. C’est dans ce contexte que nous envisageons d’opérer, sans dogme et les yeux ouverts.

La biodiversité semble une valeur indiscutable, au nom de la préservation des espèces, du patrimoine génétique et de leur potentielle régénérescence. Une forme de biodiversité économique est la génération spontanée de petits métiers de la débrouille pratiqués par les enfants des rues des pays en voix de développement. Un foisonnement de métiers apparaît en fonction des situations économiques, (je pense à un ouvrage anciens intitulé « Les petits métiers d’Abidjan – L’imagination au secours de la conjoncture » – Abdou Touré – Editions Khartala) il suffit de pouvoir s’acheter quelques outils pour démarrer une activité certes non encadrée, taxée arbitrairement par l’agent de police local et finalement vivrière. Ce micro capitalisme (acquisition d’un modeste outil de travail) à tendance libérale (activité non régulée à génération spontanée) semble avoir certaines vertus. Des versions plus proches de nous existent, je pense à la collection des jobs d’étudiants voire les mille astuces de mes enfants pour financer leur troupe de scouts.

Et puis Ségolène Royal nous dit que le libéralisme et le socialisme sont incompatibles. A mon sens, malgré le contexte de crise actuelle, la préexistence fondamentale du libéralisme amène à penser qu’une telle affirmation ne remets pas en cause le libéralisme mais le socialisme; au moins dans sa version envisagée plus haut. Les plus petits agents économiques vivent fondamentalement dans un système micro capitaliste et libéral, il est essentiel de permettre à leurs activités de se développer dans un cadre respectueux et valorisant.

Lorsque le libéralisme est imposé par un cartel (fondamentalement non libéral) à des agents économiques plus faibles que lui, alors il est condamnable et les autorités ont non seulement leur mot à dire mais aussi une importante responsabilité pour ne pas dire culpabilité.

Si d’une part la biodiversité n’est pas seulement la glorification de la friche, on comprend d’autre part que le libéralisme n’est pas une valeur convaincante ni une fin en soi; sans régulation il a peu de chance d’engendrer spontanément une économie vertueuse.

Dans un monde qui a perdu bien des repères avec l’effondrement du mur de Berlin, puis l’effondrement des économies libérales avec la crise du crédit, ne rayons pas de la carte le marxisme et ses applications économiques. Je me souviendrai toujours de mon professeur d’économie, M. Younès, qui nous rappelait très simplement que les économies planifiées, ça semble désuet, jusqu’au jour où vous réalisez que toute entreprise aussi capitaliste soit-elle fonctionne comme une économie planifiée. Et mon expérience professionnelle n’a pas vraiment démenti cette conception des entreprises humaines.

S’il faut chercher une re-définition de l’économie aujourd’hui n’écartons donc aucune piste.

Les intentions de notre président Nicolas Sarkozy semblent louables lorsqu’il veut réguler les bonus des traders; le bureau central de planification Elyséens s’attaque à une tâche ardue. Tout aussi ardue est la tâche qui consiste à imposer une répartition en trois tiers de la valeur créée par une entreprise. Cette valeur serait allouée aux trois mamelles que sont l’emploi, le capital et l’investissement. Malheureusement, appliquer la règle des trois tiers aux banques multiplierait les bonus de certains traders par 2.

Aucune théorie ne se confronte à la réalité sans quelques heurts. L’approfondissement du raisonnement, complété par une analyse permanente des observations de terrains sont nécessaires au pilotage de tout processus vivant qu’il s’agisse d’une entreprise, d’un écosystème ou de l’économie d’un pays. De la rapidité des cycles observation, analyse, correction dépend le succès de l’entreprise.

Aucune injonction fut-elle basée sur les meilleures intentions ne résiste à la réalité, si elle ne fait pas preuve d’adaptabilité.

Je crois me souvenir qu’un voyageur quelque peu illuminé du nom de Paul, se promenant sur les rives de la Méditerranée il y a de cela 2000 ans environ, aurait écrit :

« Tout est permis mais tout n’est pas utile, tout est permis mais tout n’édifie pas ».

Alors pour refonder et édifier l’économie du XXIème siècle, nous devrons repartir des plus petits agents, employés, entrepreneurs individuels, PME, etc. et penser à établir des contrats simples et respectueux de valeurs humanistes. La première réflexion portera probablement sur la valorisation de l’homme et de son capital travail.

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